Le vilain tour joué par le vent des hautes montagnes nous permet cependant d'admirer des spectacles de glace de toute beauté. Une féerie de cristal, de dentelles de givre, de décors de glace ! Je me retourne. Jean est plus bas. Entre les pierres, il s'avance, observe, scrute, s'émerveille. Lui aussi a retrouvé son âme d'enfant et je me réjouis de voir que nous partageons les mêmes passions. Je frissonne. Je m'aperçois que le bas de mon pantalon est trempé. Dans mon bonheur de découvrir ces merveilles de la Nature, je ne me suis pas rendu compte que j'ai marché trop près du bouillonnant torrent. Je passe sous les branches, prends garde à ne pas glisser sur les pierres gelées et redescends rejoindre Jean près du pont.
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Nous avons du mal à quitter cet endroit magique, théâtre de nos escapades de gamins. Un dernier regard et nous reprenons notre itinéraire. Nous empruntons quelques escaliers naturels, de pierres et de racines. Nos yeux n'arrivent pas à se détacher du torrent qui coule en cascades sur notre droite. Il nous a ensorcelés.
Le sentier serpente à flanc de montagne puis rejoint un chemin forestier plus large. Nous marchons l'un derrière l'autre sans trop parler. Chacun hume la Nature à travers tous ses sens. Parfois l'un attend l'autre pour lui faire partager l'émotion d'une découverte qu'il a faite. Il s'agit, ici d'un lichen et là, d'une mousse ou d'un champignon.
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Marcher avec Jean, c'est aussi marcher avec son professeur particulier. Il m'apprend mille choses et je découvre aussi les aspects plus techniques de la flore et de la faune. Je pose un autre regard sur les beautés de la Nature. Je suis encore plus émerveillé. Encore plus humble aussi.
Des escaliers de pierre contournent des arbres à flanc de montagne. On dirait l'entrée du domaine sacré des lutins de la forêt. Des fougères bougent. Je me sens épié par les farfadets. Mes yeux scrutent le sous-bois. C'est Jean qui a quitté le sentier ! Il s'est approché des mousses et des lichens qu'il photographie en macro. Il a une idée merveilleuse : il propose de raconter la forêt de la haute Thur sur les pages de mon site Internet. Je me réjouis de cette collaboration et savoure par avance les textes et les photographies qu'il publiera.
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Plus haut dans la montagne, nous approchons à nouveau du cours du torrent. A cet endroit, le torrent calme son envie de folle liberté et caresse de longs blocs de pierres plates. L'eau y coule plus paisiblement. Elle paresse un instant avant de rebondir en cascades et de s'élancer à nouveau vers les abîmes qui mènent au lac.
Nous traversons maintenant un coin de forêt, un peu " fouillis ". Le tracé du sentier n'est pas très évident. Mais l'il aguerri du randonneur, habitué aux tracés en montagne, repère les croix bleues sur le tronc des arbres. Le sentier rejoint un plus large chemin forestier. En face un panneau cloué sur un tronc indique la direction du col du Bockloch. Sur le côté du chemin, les pieds dans le ruisseau, un gros hêtre moussu semble monter la garde. La Nature a ainsi posté ses sentinelles tout au long des chemins. Ici, un énorme rocher à la forme inquiétante ! Là, un arbre feuillu de haute futaie qui étend ses longs bras prêts à attraper le maraudeur ! Là encore, un majestueux sapin qui domine la forêt. Tous scrutent les sentiers et observent les randonneurs de passage. Et gare à ceux qui ne respecteraient pas les lieux ou ne feraient pas allégeance ! Le promeneur est de passage. La Nature, elle, demeure ! Nous devons la respecter et la protéger.
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La pente est maintenant moins abrupte. Nous progressons sur un large chemin. Le ruisseau coule en contre bas sur la droite. Nous percevons le bruit sourd et les sons d'éclaboussement produits par de petites cascades. Nous approchons de la partie sommitale de la forêt. Le tumulte des cascades bondissantes a fait place à une atmosphère plus calme et plus sereine.
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