Le ciel se dégage de ses nuages gris et se teinte d'un bleu réconfortant. Les arbres projettent leur ombre sur les feuilles mortes que l'hiver a desséchées. La vue s'ouvre et nous pouvons voir les forêts sommitales sur les crêtes d'en face. A plusieurs reprises, le sentier nous rapproche du cours d'eau et des cascades. A chaque fois le spectacle est grandiose. Nous essayons d'immortaliser ces scènes bucoliques en prenant de nombreuses photographies. Mais nous savons bien, que nos clichés ne seront jamais aussi beaux que la peinture naturelle offerte, sur place, à nos yeux. Un peu plus haut dans la montagne, dans une nouvelle boucle de la sente, nous nous approchons à nouveau du torrent. Le bouillonnant cours d'eau se divise en deux ; deux bras pour mieux enlacer les gros blocs de pierre érigés sur son passage. Nous reprenons notre ascension.
La forêt s'ouvre. Nous atteignons un pierrier. Le torrent de pierres grises s'étale sur la pente. Au delà des pierres se dressent d'imposants conifères. L'un deux est de couleur vert foncé. Il porte de nombreuses branches d'un vert très clair. Il s'agit de touffes de gui. Elles ont envahi sa ramure après que des oiseaux y aient déposé des graines sans vraiment savoir leur contribution au nuancier des verts de la forêt. Les druides auront fort à faire s'ils veulent cueillir ces branches avec leur serpe d'or un soir de pleine lune !
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Le sentier ne traverse pas le pierrier. Au contraire, il nous entraîne de suite sur la gauche. Le vent se réveille à nouveau. De fortes rafales agitent les arbres. Les cimes tanguent dans le ciel comme autant de mâts de navires perdus dans la tempête. Dans le ciel, les nuages font la course. Ils défilent à vive allure, se heurtent, s'entre choquent, se déchirent, se reforment. Le vent s'amuse ! Il veut nous montrer qu'il est toujours là et qu'il nous surveille.
Nous quittons le pierrier et poursuivons notre grimpette. Nous passons devant un banc de bois qui attend le randonneur sous un arbre. Le sentier rejoint un large chemin forestier. Nous bifurquons sur notre gauche. Nous voici arrivés à hauteur d'un pont de pierres. Dans un bruit sourd, le torrent s'engouffre sous l'arche du pont. Il vient de plus haut ; de la montagne en de multiples cascades. Nos déposons nos sacs pour être plus libres de nos mouvements afin d'escalader les rochers qui encombrent le torrent.
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Nous partons à l'assaut des cascades pour les observer de plus près. Il faut prendre garde à bien poser le pied sur une surface pas trop glissante. Il faut être prêt à se raccrocher aux branches en cas de dérapage. Et toujours bien protéger son appareil photographique du moindre choc ! Je grimpe en amont entre les pierres. Jean s'amuse à me voir pendre les positions les plus acrobatiques dans ma recherche de clichés originaux. Il sourit et en profite pour immortaliser mes attitudes sur des photographies. Il les montrera plus tard à ma petite famille, riant encore d'avoir surpris le grand enfant que je n'ai jamais cessé d'être une fois lâché dans les bois.
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Nous découvrons de merveilleuses sculptures de glace. Là, une
branche engoncée dans un manchon. Plus loin des brindilles givrées.
Là encore, de la mousse prisonnière dans l'eau gelée ou
des stalactites cristallins accrochés à des branches. Les rochers
les plus proches du torrent sont complètement recouverts de verglas translucide.
Ils pleurent des larmes de cristal au-dessus de l'eau qui, indifférente
à leur tristesse, rebondit dans un vacarme d'enfer. Le torrent poursuit
sa course effrénée vers quel avenir, là-bas en bas de la
montagne ou même plus loin dans la plaine ! L'eau dévale la pente
craignant d'être figée par le froid. Des gouttelettes plus téméraires
s'échappent du flot principal et s'envolent dans les airs. Le vent malicieux
est aux aguets. Il les a repérées. Il gonfle ses joues et souffle
sur elles un air terriblement glacial qui les pétrifie pour le restant
de l'hiver. Elles devront attendre le réveil du printemps pour quitter
l'état solide et retrouver leur forme liquide. Dans quelques temps, le
soleil saura déjouer le sort jeté par le vent fripon et permettre
aux gouttelettes de poursuivre leur destinée vers les océans lointains.
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