En cette fin de mois de décembre, la neige n'en finit pas de se faire attendre. Les raquettes pour la randonnée dans la poudreuse sont prêtes mais point de manteau blanc sur les Vosges pour le moment ! A l'approche de la Noël, le randonneur retrouve son âme d'enfant. Il devient plus rêveur et plus lyrique. Il se souvient des fêtes hivernales d'antan : le vent glacial qui siffle dans les branches, le givre sur les carreaux des fenêtres, l'épaisse couche de neige dans laquelle le pas s'enfonce, les braises rougies par le feu dans la cheminée, la flamme dansante de la bougie qui éclaire la pièce engourdie, et les odeurs ... ! Et quelles odeurs ! Il y a d'abord l'odeur du sapin, de ses branches, de sa résine. Mais surtout les odeurs de tous ces mets de la cuisine française que l'on s'apprête à déguster avec volupté !
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Le randonneur sait que ces moments de bonheur, ces instants de paradis, sont sublimés quand ils sont vécus en plein air, en harmonie avec la Nature. La brochette d'agneau aux tomates n'est jamais aussi délicieuse que grillée au feu de bois entre les pierres après une marche en montée près des cascades ! Quel bonheur ! Et comme le bonheur se démultiplie quand il est partagé, je propose à Jean, mon ami du fond de la vallée, une randonnée de Noël sur les hauteurs du lac de Kruth Wildenstein, à la découverte des cascades du Bockloch.
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Sachant le parcours jalonné de plusieurs abris de bois, nous décidons que nous ferons notre repas de Noël au chalet du Bockloch, en pleine forêt, près du ruisseau. L'organisation de l'approvisionnement est partagée entre les deux compères. Chacun s'occupe d'une partie du menu de fête. Nous nous retrouvons à Kruth, au fond de la vallée de la haute Thur, pour prendre la direction du lac que nous longeons par la route en direction de Wildenstein.
A l'extrémité du lac, nous bifurquons sur la gauche. Nous nous arrêtons pour prendre quelques photos du lac et du verrou glaciaire, au sommet duquel dominent les ruines du château du Schlossberg. Un vent violent déboule des sommets qui encerclent le fond de la vallée. Le ciel est sombre au dessus du lac. Des rais de lumières transpercent les nuages gris et viennent se poser sur les bords de l'eau. De ce paysage, baigné par cette lumière toute particulière d'un matin gris d'hiver, émane une atmosphère presque surnaturelle.
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Un vent glacial nous tire de nos rêveries. J'enfonce mon chapeau sur ma tête. J'y tiens à mon chapeau ! Je ne voudrais pas le voir emporté par les bourrasques d'un vent courroucé par la présence de deux intrus. Il voudrait nous inciter à quitter les lieux n'ayant pas encore reconnu en nous d'amicaux randonneurs amoureux de la Nature ; il nous méconnaît ! Nous regagnons la voiture pour rejoindre le parking du bord du lac, au pied des premières cascades du Bockloch.
Nous nous équipons pour la marche. D'abord les chaussures. Puis les vêtements chauds, le bonnet ou le chapeau, et enfin le sac sur les épaules. Le volume des sacs à dos augure des divines agapes qui nous attendent ! Pour le moment le menu est tenu secret. Chacun accroche son appareil photographique autour du cou après avoir contrôlé l'état des piles et son bon fonctionnement. Nous voici équipés et fin prêts.
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Le vent glacial fait une dernière tentative pour nous éloigner et souffle tout son courroux sur nos visages. Nous résistons sans aucune rancur. Nous baissons la tête en signe d'allégeance, ou peut-être est-ce par simple souci de ne pas voir nos couvre-chefs s'envoler ? Avant de partir à l'assaut de la montagne, nous descendons au bord du lac. Le niveau d'eau est très bas. Les bords du lac sont jonchés de belles pierres rondes. Une bande de terre émerge du milieu du lac et le traverse. Une colonie de hérons cendrés et de grands cormorans en a pris possession. Nous tentons quelques clichés. Mais les oiseaux sont bien trop éloignés et nous ne sommes pas équipés pour la chasse photographique animalière.
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